Au croisement de la pensée de Franck Lopvet et de l’IFS

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Je suis en train de lire « Un homme debout » de Franck Lopvet qui est décrit comme un homme « à la pensée spirituelle décapante et vivifiante ». Au début de ce livre, il fait mention « d’émanations de nous qui seraient coincées dans les couloirs du temps ». Cela m’a tout de suite fait penser à ce que l’on nomme les « exilés » en IFS, les parts qui ont vécu une souffrance émotionnelle dans le passé et qui continuent d’influencer notre présent. Cela m’a donné envie de dresser un parallèle entre les deux approches que voici.

1. Les parts dissociées ou “émanations”

Chez Franck Lopvet,

Lorsqu’on refuse de vivre une émotion (souvent douloureuse), on se coupe d’une partie de soi.
Cette part reste “bloquée” dans le moment où l’émotion a été refusée : elle continue d’exister dans ce qu’il appelle les “couloirs du temps”. Elle garde la mémoire du non-accueil, et tant qu’elle n’est pas réintégrée, elle influence notre présent depuis ce passé.

En IFS,

Ces parts bloquées sont appelées exilés : elles portent la douleur, la peur ou la honte liées à des expériences passées.
Elles sont “gelées dans le temps”, littéralement figées dans le moment du traumatisme émotionnel.

👉 Dans les deux approches, on parle donc d’un fragment de conscience qui s’est séparé du flux de la vie parce que quelque chose a été trop intense à vivre.


2. Refuser ce qui est = mécanisme de protection

Franck Lopvet dit que refuser ce qui est (refuser l’expérience, l’émotion, la souffrance) nous coupe de la vie, et crée une émanation dissociée.

En IFS, c’est exactement le rôle des managers et des pompiers :

  • Les managers essaient d’éviter la souffrance (en contrôlant, perfectionnant, rationalisant, etc.)
  • Les pompiers interviennent quand l’émotion déborde (en cherchant à éteindre la douleur : addictions, fuite, colère, etc.)

Ces protecteurs se mettent en place précisément parce qu’à un moment, une part a refusé de vivre ce qui était, car c’était trop douloureux ou insupportable.


3. Le processus de récupération / unification

Pour Franck Lopvet, la vie elle-même nous ramène ces parts — à travers les émotions, les situations, les relations. Chaque fois qu’on revit une émotion qu’on avait refusée, on a la possibilité de “réintégrer l’émanation”, c’est-à-dire de redevenir un peu plus entier.

Pour Richard Schwartz, fondateur de l’IFS, le processus est intentionnel et conscient :

Le Self (le Soi) entre en relation avec les parts blessées, avec compassion, curiosité et présence.
En accueillant la charge émotionnelle qu’elles portent, on leur permet de se libérer du passé.

C’est le même mouvement : ramener à soi une part figée dans le temps, mais en IFS, on le fait de manière délibérée au lieu d’attendre que la vie nous le présente par “effet miroir”.


4. Le rôle du Soi (Self) / de la Présence

Chez Franck Lopvet, on retrouve souvent l’idée d’une Présence, d’un observateur conscient, d’une part de nous non touchée qui peut accueillir sans jugement. C’est ce qu’il appelle parfois “être debout” : être présent à soi, au réel, sans résistance.

C’est précisément la conscience du Self en IFS :

Une présence stable, ouverte, aimante, capable de se relier à toutes les parts sans s’y confondre.


5. Le but ultime : la complétude

Franck Lopvet parle de redevenir un, de rassembler les émanations dispersées, d’être “un homme debout” — entier, aligné, conscient.

L’IFS, de même, vise la Self-leadership, c’est-à-dire un état où toutes les parts sont en lien harmonieux avec le Soi.

Ce n’est pas supprimer les parts, mais les réintégrer dans un système cohérent et bienveillant.

J’aime bien l’idée que Franck Lopvet ajoute à l’IFS qu’il n’est pas nécessaire de faire une thérapie pour devenir entier, il peut suffire de vivre pleinement la vie et tout ce qu’elle nous propose pour grandir en conscience et ne plus être guidée par notre passé. En théorie en tout cas ! Pour moi, l’alliance des deux a été nécessaire. Et vous ?

Photo de Claudio Schwarz sur Unsplash

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